Visite insolite : les égouts de Paris

Aujourd’hui Paris est dotée d’un réseau d’égouts unique au monde, composé de 2100 km de galeries techniques. On peut en visiter une petite portion en se rendant à côté du pont de l’Alma, face au 93 quai d’Orsay. Un petit kiosque matérialise l’entrée dans ce territoire particulier, narines sensibles s’abstenir !

Un peu d’histoire :

Jusqu’au XIXè siècle l »évacuation des eaux usées pose problème à Paris. Quelques aménagements ont été réalisés sous le règne de Louis XIV puis le 1er réseau d’égoûts voûtés sous Napoléon 1er (30 km)

Les travaux de l’époque d’Haussmann ont permis la mise en place de l’essentiel du réseau d’assainissement de la ville en même temps que celui de l’eau potable. C’est l’ingénieur Eugène Belgrand qui est chargé de ce travail.

Qui était Eugène Belgrand ?

Un ingénieur des Ponts et Chaussées, qui par ses travaux en Bourgogne Etudes hydrologiques sur le bassin supérieur de la Seine avec ensuite l’alimentation de plusieurs villes de l’Yonne grâce à la dérivation d’eaux de source, est appelé à Paris par Haussmann dont il devient l’un des principaux collaborateurs. Il le nomme en 1852 ingénieur en chef de la navigation de la Seine entre Paris et Rouen, puis en 1856, directeur du services des eaux de la ville de Paris. En 1867 il est Directeur du service des eaux et égouts de Paris. En 1871, il reçoit la croix de commandeur de la légion d’honneur pour avoir continué à assurer pendant le siège de Paris, malgré les difficultés, le mouvement des eaux, des égouts et des vidanges.

Il a étudié l’histoire de l’alimentation en eau de la ville de Paris depuis l’époque gallo-romaine jusqu’à la fin du XVIIIè siècle. Au cours des travaux d’aménagement qu’il a dirigé il a mis au jour des objets, traces des premiers habitants du bassin parisien. C’est donc aussi un géologue, un archéologue et un collectionneur.

Mais ce qu’on lui doit principalement c’est la conception et la mise en œuvre de l’alimentation en eau de Paris avec la recherche des sources, la conception des aqueducs, des réservoirs et du réseau de canalisation nécessaire pour acheminer l’eau chez tous les parisiens. Il est également le « père » du réseau d’égouts modernes parisien. C’est un réseau conçu selon un principe novateur  à savoir des galeries visitables qui permettent une mise en place et un entretien facilités. La longueur de ce réseau atteindra 600 km en 1878.
Les successeurs de Belgrand complètent et développent le réseau parisien : plus de 1000 km d’ouvrages nouveaux sont réalisés entre 1914 et 1977.

 Que visite-t-on aujourd’hui ?

On réalise un parcours dans des galeries en fonctionnement mais sécurisées.
C’est intéressant d’avoir une visite guidée car les éléments techniques ne sont pas toujours évidents à saisir.
Un musée intégré à une galerie permet de connaître l’histoire des égouts avec des maquettes, des panneaux d’explication.
Voici quelques informations issues de la visite guidée que j’ai suivie et qui est asssurée par des égoutiers.
Le réseau d’égouts  est une ville sous la ville : à chaque rue correspond une galerie : des plaques affichées sur les parois indiquent le nom de la rue et mêmes les numéros d’immeubles correspondants.
L’ensemble des égouts de Paris est interconnecté selon une hiérarchie  (source wikipédia car je n’avais pas tout noté lors de la visite guidée)
– branchements particuliers (de chaque immeuble) ;
– égouts élémentaires (1,30 mètres de large), sous chaque rue ;
– collecteurs secondaires (trois mètres de large)
– collecteurs principaux (de cinq à six mètres de large), en général sous les boulevards ;
– émissaires (égouts ronds de 2,5 à 6 mètres de diamètre, non visitables) transportant les eaux usées vers les stations d’épuration.
Les eaux s’écoulent par simple gravité jusqu’à l’usine d’Achères à l’Ouest de Paris.

Les techniques de nettoyage sont toujours les mêmes depuis le XIXe siècle. On utilise le principe de la chasse d’eau. On bloque une cavité que l’on remplit d’eau. Lorsque la quantité d’eau est importante, on ouvre une vanne par laquelle l’eau sous pression va s’engouffrer. Les déchets sont alors entraînés dans l’égout. C’est ce qu’on appelle « l’effet de chasse ».

Les rats dans les égouts sont nombreux mais utiles. Il y 4 millions de rats d’égout, soit pour un Parisien il y a deux rats.  L’utilité c’est qu’ils peuvent manger jusqu’à deux à trois fois leur poids par jour. Ils permettent le nettoyage de 50% des déchets contenus dans les égouts.

Le métier d’égoutier :

Quand ils descendent dans les galeries les égoutiers travaillent par équipe et descendent à tour de rôle. À la surface, un des leurs reste posté comme «garde d’orifice» il doit parfois rester en poste plusieurs heures, même en plein hiver. Il est là pour prévenir ses collègues d’un danger comme par exemple une forte pluie qui peut provoquer la montée des eaux.
L’égoutier qui doit ressortir peut le faire très vite, il y a une bouche d’égout tous les 50m.
Les égoutiers respirent les émanations de tous les déchets qui sont dans les égouts et d’après un rapport de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’Inserm, et de la Mairie de Paris, paru en 2010, un égoutier vit dix-sept ans de moins qu’un travailleur lambda et meurt en moyenne sept ans plus tôt qu’un ouvrier de Seine-Saint-Denis. L’âge de  départ à la retraite est de 52 ans mais ils sont victimes de nombreuses maladies.

Des ressources en ligne :

Pour compléter, on peut se rendre au pavillon de l’eau où cette fois on trouvera toutes les informations sur l’eau potable et une exposition permanente